RHAPSODIE (SUR L’ECHANGE VIRTUEL)
Echanger quelques phrases avec un inconnu que vous avez contacté et qui vous a répondu doit être un art, - et certains y réussissent probablement.
Moi, je me sens d’abord maladroit, crains d’ennuyer l’autre par des platitudes ou, pire, des questions dont la réponse se trouverait dans son « portrait », je crains qu’il prenne alors congé, montrant que je suis indigne de son attention.
Comment font les autres quand ils « chattent » ? De quoi parlent-ils quand ils ne draguent pas ?
Souvent je dois relire plusieurs fois le message avant d’être sûr de l’avoir compris … Et encore, certaines expressions persistent à rester opaques … Si je demande qu’on m’explique, je me sens lourd … Aussi l’échange reste-t-il approximatif, - l’expression du visage, ni celle du regard, ni celle du corps n’aidant à la compréhension de ce qui est dit.
J’aime quand on me parle de lieux, qu’on est attentif à me l’évoquer avec des mots particuliers, qui expriment autant le caractère du lieu que la sensibilité de celui qui parle …
On veut « rencontrer » des « gens », mais qu’est-ce à dire quand tout passe uniquement par le web ? Quels désirs se jouent ?
On répondra avec cynisme : baiser … Bon, ça arrive, mais il n’y a pas que ça …
Quel est ce désir d’intimité que j’éprouve ?
J’aime créer une intimité avec mon interlocuteur, faite d’implication personnelle, de confiance mutuelle, d’humour, de jeu, - de jeu avec les mots puisque dans le « chat » les mots sont la seule réalité dont nous disposions…
Quand c’est un autre qui me contacte, je suis comme émerveillé qu’on puisse s’adresser à moi, je me demande : que me veut-il ? qu’est-ce qu’il peut bien trouver d’intéressant en moi ?
Questions vaines (mais dont les réponses pourraient donner confiance en soi) …
J’ai toujours eu faim de contacts, - été maladroit dans l’expression de cette faim, trop soucieux d’apprivoiser et de sociabiliser sa violente avidité.
06/03/06 - 02:27
Un chat et des jeux de mots... je souris bien sûr.
sieur38