J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
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Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

02/03/2006

02/03/06 - 16:10

"CHEFS D'OEUVRE DE LA PHILIPS COLLECTION" (Paris, 24 dévrier 2006)



fait la queue une heure et quart pour voir au Musée du Luxembourg les chefs d’œuvre de la Phillips Collection.
Oui, trois ou quatre : deux ex aequo : de Renoir Le déjeuner des canotiers (1880-1881 ; 130 x 175), - une des plus belles compositions impressionnistes, animée, joyeuse, où le désir papillonne, visible sur les visages et dans les regards (la petite jeune fille accoudée sur le garde-fou qui bavarde avec l’homme au chapeau melon, celle à droite qui renverse sa tête visage levé vers l’homme à tête nue penché au-dessus d’elle, le trio juste derrière tout à droite), avec cette table de fin de déjeuner, couverte de bouteilles bien entamées, d’une opulente coupe de fruits, de verres vides brillamment colorés de rouge au fond, ou d’ambre.
Renoir donc ex aequo avec Bacon (Etude de silhouette dans un paysage, 1952 ; 189 x 137). Les hautes herbes envahissent les 2/3 inférieurs de la toile ; dans le tiers supérieur s’élèvent des arbres sous une ample trouée de ciel bleu. Au croisement de la verticale qui partage le tableau également et de cette limite horizontale, se trouve assise la silhouette concentrée de l’homme, légèrement floue, - corps tassé dans un halo d’ombre bleutée, isolé, émergeant des hautes herbes. Derrière lui, son ombre oblique s’étend, qui donne une certaine profondeur au tableau.



Autre chef d’œuvre : l’autoportrait de Cézanne (vers 1979-80 ; 60 x 47) où le regard pétille, intelligent, madré, vif, un peu moqueur, - entre réalisme de Courbet et touche de plus en plus personnelle, pensée, posée en fonction des voisines, comme élément d’une construction.
Deux des trois toiles de Van Gogh sont assez belles par l’ampleur de leur respiration, - le chatoiement de L’entrée des jardins publics à Arles (1888 ; 72 x 90), et la robuste gesticulation des platanes dans Les paveurs (Boulevard de Saint Rémy) (1889 ; 73 x 92).
De même La Petite baigneuse d’Ingres, et Femmes se peignant de Degas (à côté de Danseuses à la barre, vraiment ratées : qu’on regarde la gringalette jambe gauche arquée de la première danseuse.).
L’Intérieur au rideau égyptien de Matisse est assez beau avec ce contre jour où la fenêtre encadre et quadrille les courbes jaunes et le bleu noir des palmes dehors, au-dessus d’un plat blanc de citrons posé sur une table à l’intérieur. Mais le rideau égyptien à droite n’est pas très séduisant - ni le motif, ni les couleurs (rouge, vert, noir).

aimé personnellement le Berkeley I de Richard Diebenkorn, - dans la mouvance de l’expressionnisme abstrait : couleurs douces assez subtiles, graphisme léger, élégant, - et Retour au pays de Philip Guston (dont la reproduction est terriblement dure), toile aux couleurs fraîches, vivaces où jouent les empâtement et les parties à peine esquissées voire vides.

Quant aux autres toiles, ce sont des signatures, non des chefs d’œuvre. Exemples : les deux Picasso : La Toilette, est une toile assez faible (la silhouette de la femme est molle - ratée). La femme au chapeau vert serait un chef d’œuvre n’était le repentir du sein gauche (sur l’épaule !) manifestement non « résolu ». Les compositions de De Staêl sont plates, restent inabouties. De Braque la composition du grand guéridon ne manque pas de monumentalité, - ni de vulgarité avec ce gros couteau de cuisine croisant le fer avec une pipe en terre : que font-ils là avec deux pommes ou deux poivrons posés devant une ETUDE ?)
Et Bonnard, il doit avoir fait quelques jolies toiles (il fallait peut-être malgré tout voir l’exposition Bonnard) - mais celles de cette collection n’en sont pas vraiment : le foisonnement chaotique des couleurs neutralise et dilue la lumière : « too sweet » disait mon ami Francis Carline. Il avait raison : c’est une peinture de rentiers amateurs de loukoums.



commentaires

02/03/06 - 17:36

Ca y est, tu l'as donc faite ? Je constate que nous avons des goûts communs...

02/03/06 - 22:29

Oui, un peu tardivement ...
En effet, je crois me souvenir que tu avais manifesté ton admiration pour le magnifique Bacon ...

06/03/06 - 23:59

Ironie du sort ! Je dors toute les nuits avec une reproduction de Richard DIEBENKORN au dessus de mon lit. Une sorte de route broyée dans de grandes dents picturales... Comme si les pinceaux étaients devenus flèches mortelles et la peinture, frêle proie... San Franscisco et DIEBENKORN semblent être liés comme une plume à un encrier...

07/03/06 - 21:41

Je ne connaissais pas ce peintre, qui m'a paru attachant ...

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13