J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

13/02/2006

13/02/06 - 21:08

A PROPOS DE « IF NOT, NOT » DE R. B. KITAJ (cf. post précédent)



Le tableau a été peint en 1975-1976. Son titre reprend la dernière phrase du serment par lequel au Moyen-Age les sujets espagnols s’engageaient envers leur souverain lors de son couronnement : « Nous, qui sommes aussi bons que toi, te jurons, à toi qui n’es pas meilleur que nous, de t’accepter comme roi pourvu que tu respectes nos libertés et nos lois ; sinon, non. »

Le coloris merveilleux du paysage évoque d'abord un lieu idyllique, - comme le décor de La Tempête de Giorgione, et Kitaj lui-même dit que le petit étang au centre de son tableau en est le souvenir.
Mais très vite cette impression s’efface : à y regarder de près surgissent divers éléments étranges, voire inquiétants, - comme le mirador en haut à gauche, où l’on reconnaît le portail d’entrée d’Auschwitz, « l’antichambre de l’enfer », ou bien en dessous du petit étang ce rocher qui se transforme en tête de cadavre.

En fait, deux courants d’inspiration se combinent ici : d’une part l’influence du poème de T. S. Eliot, « The waste land » (La terre vaine/dévastée), publié en 1922, qui évoque à travers un chaos d’images brisées les angoisses du monde moderne ; d’autre part l’événement le plus monstrueux et le plus horrible du vingtième siècle : l’Holocauste, dont la fournaise semble encore répandre sur la peinture son fuligineux embrasement.

Le pacte social entre gouvernants et gouvernés a été rompu par les premiers : ils galvaudent sans cesse leur parole ; ils ne respectent plus nos libertés ni nos lois ; alors, ils ne sont plus crédibles, on ne les reconnaît plus comme gouvernants.
Cette rupture a entraîné les désastres que l’on sait : génocides et terrorismes, entre autres. C’est ce que peuvent suggérer le personnage à la tête bandée en bas à droite qui peut-être porte dans sa sacoche quelque explosif, ou, devant lui, le corps vêtu de rouge renversé (une victime ?), et juste au-dessus, reste de cadavre abandonné, « la tête tuméfiée renversée », boursouflant.

commentaires

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.

 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13