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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

22/01/2006

22/01/06 - 21:51

ATTITUDE : QUELQUE CHOSE COMME LA "SPREZZATURA"









Ce portrait de Balthasar Castiglione par Raphaël séduit d’emblée par sa mise en page impeccable, et l’harmonie qui s’en dégage.
L’attitude du modèle exprime la tranquillité, une aisance naturelle, voire une certaine nonchalance. C’est exactement ce que Castiglione entend par la « sprezzatura » - attitude de l’ « honnête » homme telle qu’il la définit dans son « Livre du Courtisan » : une élégance, aussi bien morale que vestimentaire, dont l’unique effort serait d’effacer toute prétention à l’élégance, une légère désinvolture donc, un peu de distance avec soi-même qui ressemblerait à de l’humour « british », - surtout une liberté « discrète » qui permet d’être exactement en harmonie avec les situations et d’y répondre avec justesse.
Le vêtement est emblématique de cette « sprezzatura » : composant une palette qui va du noir au blanc en passant par une gamme très raffinée de gris (qu’accentue la variété des textures et « colore » le gris beige du fond) le velours noir du pourpoint, le jabot plissé de la fine chemise blanche, la fourrure d’écureuil gris des revers et du col suggèrent le sobre raffinement de Balthasar Castiglione.
Son regard bleu clair, adressé franchement à qui le regarde, ne l’accapare point, met l’autre à l’aise par sa discrétion, - exprime la bonté et surtout l’attention à l’autre.
Je vois aussi dans ce portrait raffiné l’image d’une forme d’esprit, - subtil composé de finesse et d’humour, de bienveillance, et de générosité.



commentaires

23/01/06 - 00:49

Le terme "sprezzatura" (qui vient de "sprezzare" : mépriser) est avant tout, un terme musical servant à désigner un respect relatif de la mesure, censé imiter le libre débit de la parole. "Désinvolture" en est une bonne approximation, mais je ne suis pas sûr qu'on puisse user de ce terme pour qualifier une attitude.

09/02/06 - 23:45

« Livre du Courtisan » que je n'ai pas lu. Je connaissais la sprezzatura du chanteur qui chante avec effectivement une légère désinvolture rythmique, mais je trouve le concept d'élégance sobre et peu apprêtée, appliquée au vêtement et à la morale, ou l'éthique, assez plaisante, surtout qu'à notre époque trash une telle beauté passerait facilement pour de l'opulence luxueuse.

10/02/06 - 00:07

Peut-être que cette "sprezzatura" se moque de passer "pour de l'opulence luxueuse", non ?

13/02/06 - 03:57

En tous cas c'est un très beau tableau, et je m'habillerais volontiers avec ce genre de désinvolture là:-)

08/05/07 - 15:58

C'est l'idée de souplesse qui est centrale, je crois ; l'idée d'une marge de liberté à remplir, contre le respect strict et raide de la règle et du code. D'où l'impression de naturel et de liberté.
Ça doit valoir pour le phrasé du chanteur comme pour l'habillement, la façon de marcher, de parler. J'ai le vague souvenir que Nietzsche souligne l'idée quand il parle des mœurs aristocratiques.

Trouver un équivalent français est difficile. "Désinvolture" ou même "nonchalance" ne recouvrent que partiellement l'idée exacte. On a la même difficulté pour traduire "neglegentia" du latin, dans son sens correspondant à "sprezzatura".

13/05/07 - 12:22

Mais si, ronans, la "sprezzatura" qualifie d'abord une attitude et un rapport à celle(s) que l'on doit avoir; chez Castiglione, cela distingue l'homme de cour tel qu'il doit être, excellent en tout, mais sans le guindé et l'application. Le guindé supposerait quelque archaïsme dans l'usage de la cour, l'application suggérerait le tard-venu. En fait, c'est une alliance subtile de l'être et du paraître, et non leur antinomie, que cette notion, en effet difficile à traduire, loue. "Négligence" en approche, mais c'est en français, trop marqué de reproches. "Désinvolture" n'est pas faux, sauf que l'on se méprendrait si l'on y voyait l'expression d'une légèreté coupable : il faut insister alors sur la "volte" de la désinvolture. Stendhal s'y réfère - et en pare sans doute son Fabrice. Bref, sprezzatura contient un peu de tout cela - au fond, notre "aisance" en serait la traduction la plus juste, mais c'est plat, puisqu'il faut immédiatement en préciser la qualité, en situer la place dans l'échelle des qualités. C'est qu'il y entre un composé de qualités morales et physiques, de dispositions générales, et de singularités qui font alors de celui qui la possède un être supérieur, qui se distingue entre les meilleurs : une sorte de comble dans une société aristocratique. La sprezzatura anticipe le dandysme dans son rapport à l'apparence. Mais là où le dandysme est le lot de sociétés en voie d'embourgeoisement, la sprezzatura est éminemment aristocratique puisqu'il s'agit là de manifester une sorte d'aisance supérieure, qui sans être négligée, n'a pas la roideur des gestes appris consciencieusement et sur le tard. En ce sens, comme le dit hercule, il y a bien cette alliance de qualités qui donnent à ce qui est appris cet air de naturel et de liberté qui autorise précisément inventivité dans le jeu, aisance dans le geste ou la parole, marges appréciables pour se jouer des codes tout en les connaissant.

20/08/08 - 08:00

Merci à tous pour ces dissertations qui apportent des pièces à mon puzzle.
Oui, cet homme est magnifique, ...et malheureusement trop rare.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13