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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

04/01/2006

04/01/06 - 21:08

GEORGES DE LA TOUR : LE TRICHEUR A L'AS DE CARREAU

Les mains diligentes ordonnent la tricherie que les regards démentent.



Tout à droite de profil, quelque peu isolé des trois autres, le Jouvenceau se tient assis, l'air sérieux, - vêtu d'un riche pourpoint de satin gris splendide rehaussé de motifs floraux; de jolies grenades bigarrées brochées d'or et d'argent figurent sur le collet (cravaté de ruban orange); l'entournure est ornée de mignonnes bouffettes, aux boucles de ruban cramoisi retombant sur l'étoffe soyeuse de la manche; la tête porte une coiffe, que surmonte une opulente plume orangé clair.
Les deux mains, rapprochées, tiennent soigneusement devant lui ses cartes à l'abri des regards.
Les yeux sont baissés, tout entier attentifs à supputer son jeu.
Presque au centre, assise derrière la table (ayant à sa droite la Servante debout) la Courtisane préside, - revêtue d'une robe de velours mordoré, aux somptueuses manches à crevés dentelés finement; l'ample décolleté, liseré de soie or, souligne la chair blanche et nue de la gorge, où brille un lourd collier de perles; une toque vermillon, que garnit un plumet, coiffe la tête.
L'index de sa main droite soulevée requiert. La main gauche, posée sur le tapis, nonchalante, a les cartes.
Le visage, parfaitement ovale, ignore : la moue et les grands yeux (dont l'impérieux regard se lève en coulisse vers la Servante) avec autorité signifient l'absence de toute tricherie.
La Servante se trouve debout à côté, - portant une robe dont le haut, vert sombre, laisse passer des manches blanches, à frêles fleurs brodées; la tête est coiffée d'un turban de soie jaune d'or, d'où part une aigrette. Le visage est penché, figuré de profil. Le regard en coin, soumis, dément sa complicité.
La main droite présente (à sa maîtresse ou bien au Jeune Homme) une coupe remplie de vin rosé.
A gauche, en bout de table, le buste un peu fléchi de côté, accoudé, se tient le Tricheur, - sobrement habillé d'un justaucorps, dont le col est paré d'un faux ourlet grenat aux menus fleurons or; à l'emmanchure pendent par deux des rubans noirs à ferrets.
(Tandis que la main gauche, dans le dos, tire avec art de la ceinture l'as de carreau) la droite tient négligemment ses cartes.
Le Tricheur, visage détourné de son jeu, a le regard distrait.

commentaires

04/01/06 - 22:09

Les deux femmes, le regard en coin, ont un air de complicité.
La servante, tout en versant le breuvage, glisse à l'oreille de la joueuse ce qu'elle a vu du jeu du tricheur.
Le tricheur fait mine de regarder ailleurs pour ne pas troubler les dames. Car l'information passée sera fausse...

05/01/06 - 01:38

Le Tricheur est de connivence avec la Courtisane et la Servante ... A moins qu'en effet il ait décidé cette fois de jouer perso ...

10/01/06 - 21:40

;-)

11/01/06 - 00:20

Votre commentaire, Paradox, est d'un laconisme indépassable ;-)

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13