30/05/2006DISPARITION ?Le blog d'Hugoindigo a-t-il disparu ? Si c'est le cas, il me manquera beaucoup. 29/05/2006G. DE LA TOUR : JOB RAILLE PAR SA FEMME (GLOSE)J’ai désiré écrire un texte sur le tableau de G. de La Tour, « Job raillé par sa femme », suite à l’étude d’un extrait des Carnets d’Hypnos de René Char, écrit en 1943/44, dans lequel il évoque ce tableau qu’il connaissait alors sous le titre « Le Prisonnier » et dont il avait piqué sur le mur de chaux de la pièce où il travaillait une reproduction. L’auteur (à ce moment là chef dans la Résistance) achevait son texte par ce paragraphe : Reconnaissance à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténèbres hitlériennes avec un dialogue d’êtres humains.
J’ai déjà vu plusieurs fois ce tableau, - à Epinal notamment, où il se trouve. Et j’ai toujours été ébloui par l'ardent clair obscur de la bougie qui éclaire et fait rougeoyer la robe de la femme (comme dans la Nativité de Rennes).
J’avais trouvé touchante l’interprétation de René Char (qui fait de cette femme un symbole de la libération espérée par les Résistants) bien qu’elle fût erronée puisque le sujet de la peinture est , - maintenant on en est à peu près certain - Job raillé.
Mais à y regarder de près, le visage de la femme paraît moins acariâtre que pourrait le laisser accroire le titre. Il est possible que l’usure de la surface picturale (en effet considérable) ait atténué l’âpreté de l’expression de la femme. Georges de La Tour, même s’il semble avoir eu une personnalité très indépendante, ne réinterprète pas d’habitude les sujets qu’il traite : ses figures sont plutôt conformes à l’iconographie du temps.
Cela dit, je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce visage penché et comme étonné un début de compassion. La misère de cet homme est trop grande pour le laisser dans l’abandon, sa déchéance trop dure, sa maigreur trop flétrie pour être raillées …
Alors j’ai imaginé que devant cet homme réduit à rien, mais si ferme dans sa foi, la femme (comme si s’opérait en elle une sorte de conversion) était désarmée par sa force et son dénuement, et en restait soudain saisie.
21/05/2006GEORGES DE LA TOUR : JOB RAILLE PAR SA FEMME

Il est seul, dans l’obscurité des ténèbres. Assis près de son écuelle brisée, tel un prisonnier dans son cachot.
L’homme a tout perdu.
Or, au plus intime de lui, subsiste la foi. Il reste assis, humble, le buste droit, les membres anguleux. Il n’a plus que la peau sur les os.
Sa femme est venue le voir pour le railler. Job le magnifique ! Lui qui avait sept fils et trois filles, sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs et cinq cents anesses ! Lui si heureux, si prospère !
Plus rien ! Ses enfants, tous anéantis ! Tous ses troupeaux, volés !
Il n’a plus rien.
Et sa foi reste intacte !
Mais les railleries de sa femme ont glissé sur lui comme pluie sur caillou. Elle a senti en lui, sous la maigreur mortifiée, la fermeté d’un roc. Et son persiflage s’est tari.
Surprise, - son regard a changé. Elle, acariâtre et si fière, se courbe vers lui, son visage se penche, - et sa main gauche se relève et s’ouvre, pleine de grâce.
Alors le feu de la parole mauvaise s’est tu.
La vaste robe vermillon rougeoie.
De la bougie s’élance une arche de lumière flamboyante qui monte jusqu’au buste, jusqu’à la nuque d’où la tête penche, - courbe que redoublent l’avant-bras gauche relevé et la main ouverte, pleine de grâce.
Et le visage profilé (où brille une perle à l’oreille ) s’ouvre.
Ecoute.
14/05/2006LE CHANT DU ROSSIGNOL
Chaque nuit lorsque avant de me coucher vers une heure j’ouvre ma fenêtre pour fermer les volets, - dans l’obscurité silencieuse j’entends le chant solitaire d’un rossignol auquel répond parfois un autre chant.
Ce chant est d’une beauté rare, par l’éclat des notes égrenées en courtes séquences, par la diversité de ses rythmes, par sa mélodie pure et sonore qui semble animer l’ombre et le silence.
Ce chant n’est pas mélancolique, - à moins que soi-même on le soit un peu - il est naturellement beau, de cette beauté qui vous arrache parfois un sanglot.
«Le réveil des oiseaux » d’Olivier Messiaen s’ouvre par une cadenza au piano évoquant le chant du rossignol à minuit. L’oiseau d’abord chante seul, puis deux autres engagent avec le premier un échange étincelant.
C’est la musique de Messiaen qui m’a d’abord rendu sensible à la beauté de ce chant que j’ai depuis toujours retrouvé dans ces nuits de mai,
Hor che’l ciel e la terra e’l vento tace,
Lorsque le ciel, et la terre, et le vent se taisent,
E le fere, e gli augelli il sonno affrena,
Et que le sommeil apaise animaux et oiseaux.
DIMANCHE 14 MAI (JAUNE COLZA)
05/05/2006MOMENTUM («AMITIE »)
(En parler sans arrogance ni forfanterie, - avec délicatesse. La litote en l’occurrence est un bon moyen.)
Ils prenaient ce qui était offert.
Tant de caresses, tant de baisers auront été prodigués dans l’attendrissement et la liberté des corps qui s’offrent, - et reçus au plus profond de la peau, au plus intime de soi ... Pour le plus grand réconfort de l’être.
La parole jouait, dans l’échange, ou dans le récit. L’un se racontait librement, l’autre écoutait avant qu’à son tour lui-même se raconte et soit écouté.
Et les fous rires aussi, de grands éclats de rire (« et son regard en disait loooooooooooooooong ») !
Yeux dans les yeux, l’un entièrement offert à l’autre qui lui fait du bien, - confiant.
Abandonné dans le dénuement de soi, toute maîtrise oubliée, toute réserve délaissée, - confiant.
Ils ne s’endormaient pas, finalement « C’est sûr, on n’est pas prêts à s’endormir, alors on peut parler encore … »
Ils parlèrent tout en se caressant, membres mêlés, s’enlaçant, s’étreignant. Les peaux touchées étaient d’une extrême douceur. Ils parlèrent et vers cinq heures ou plus tard, durent s’endormir. L’un se réveilla dans les bras de l’autre qui l’avait rejoint et s’était blotti contre lui. Et des caresses furent de nouveau prodiguées dans le demi sommeil, avant qu’ils ne se rendorment.
Dire que pas un instant l’on ne s’est ennuyé, pas une seconde il n’y eut l’ombre d’un manque.
Les horloges étaient arrêtées.
Ils marchaient sur une petite route, dans la lumière du soir et le silence du lieu, prés et bois verdoyants qu’enchantaient les oiseaux.
Ils sentaient bien l’harmonie du moment.
 |
| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
 |