J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

31/01/2006

31/01/06 - 21:41

PRENOM


(Journal de janvier 2004 - extraits)

Mercredi 28.

(…)
Je viens à évoquer l'émission écoutée dimanche. Je m'étais alors demandé si moi-même n'avais pas une telle "angoisse de mor"t, vu la fréquence de ce thème dans mes réflexions.
" - Maintenant je rapproche cela d'une idée saugrenue qui m'a soudain traversé l'esprit hier : comment a réagi ma mère en voyant le corps de son frère fusillé en mars 44 ? ". Je n'avais pas achevé ma phrase que mes yeux s'emplissent de larmes, une violente émotion monte en moi. Et malgré tout continuant " - Mais cette idée était complètement invraisemblable, puisque mon oncle a été fusillé en Haute-Savoie et ramené plus tard à Lunéville dans un cercueil plombé." Mais de nouveau mes yeux s'emplissent de larmes, je peux à peine finir ma phrase.

" - Qu'est-ce qui vous touche dans l'attitude de votre mère devant le corps de son frère ? " " - Mais cela n'a pu avoir lieu ! " " - Qu'importe … "
" - Je ne sais pas … Le fait qu'elle voie pour la dernière fois le corps de ce frère qu'elle a beaucoup aimé … Qu'après, elle ne le reverra plus jamais…
Que je ne revoie plus jamais quelqu'un d'aimé, cette idée m'est invivable…"

(…)

Samedi 31.

En mars 1833, Stendhal découvre à Rome des manuscrits anciens, parmi lesquels l'"Origine des grandeurs de la famille Farnèse", récit arrangé de la jeunesse d'un pape de la Renaissance, Paul III.
Après quelques tentatives de récit autobiographique avortées, reprenant l'"Origine", il écrit le 16 août 1838 : "To make of this sketch a romanzetto". Fin août, ce texte devient la "Jeunesse d'Alexandre Farnèse".
Le 1er septembre, il note "Well travaillé chapitre de la vivandière et d'Alexandre". Il a commencé un récit dans lequel il raconte la bataille de Waterloo du point de vue d'un narrateur nommé Alexandre : Alexandre Farnèse passe du seizième au dix neuvième siècle et devient un soldat de Napoléon.
Le 4 novembre il reprend le manuscrit : la dictée de "La Chartreuse de Parme" est lancée.
Le 8, il corrige le récit de Waterloo : exit Alexandre, Fabrice entre en scène.
On sait que le dénouement se déroule en quelques pages : suite à "un caprice de tendresse" de Fabrice, son fils Sandrino meurt. La mère de l'enfant, la bien-aimée Clélia, "ne surv[it] que de quelques mois à ce fils si chéri, mais [a] la douceur de mourir dans les bras de son ami". Fabrice, après avoir réglé toutes ses affaires, se retire du monde. Quant à la Sanseverina, devenue comtesse Mosca, "elle ne surv[it] que fort peu de temps à Fabrice, qu'elle adorait, et qui ne passa qu'une année dans sa Chartreuse". Admirables euphémismes, ellipse géniale concluant le roman ! Cela m'enthousiasme : des morts heureuses, des destins accomplis.
Mais ce qui m'a intrigué, c'est l'enfant mort. Sandrino est le diminutif de Sandro, lui-même diminutif d'Alessandro, c'est-à-dire d'Alexandre. On retourne à l'"Origine". Autrement dit, Sandrino est un revenant, et, diminutif d'un diminutif, il n'était guère promis à une longue vie. Tout cela est logique.
Le 18 octobre 1840, Stendhal rédige une lettre à Balzac, qui restera à l'état de brouillon, dans laquelle on lit : "J'ai fait la Chartr[euse] ayant en vue la mort de Sandrino, fait qui m'avait vivement touché dans la nature. M. Dupont m'a ôté la place de la peindre."
Tout porte à croire que cette histoire d'enfant mort est ici fondamentale pour la création du roman. Cela m'a intrigué, car enfant, à l'école (j'étais au cours élémentaire première année) quand j’avais fini mes exercices, je lisais, et relisais, un texte de mon "Livre de lectures", intitulé "L'Autre": une mère, chagrinée par la méchanceté de son garçon, évoquait douloureusement le souvenir d'un premier enfant, mort. Ce texte me bouleversait jusqu'à me faire pleurer. J'y revenais souvent, comme pour y découvrir un secret, ou bien dans l'espoir que j’avais mal lu, et que le premier enfant ne serait pas mort.
Plus jeune encore, à la maison, je voyais parfois ma mère pleurer. Elle disait regretter "dans le temps". Je pensais au ciel, un lieu dans les nuages, - où d'ailleurs allaient les morts.
Elle pensait peut-être à son frère mort, en particulier quand j'étais méchant et que je devais la faire souffrir. Ou bien, je la faisais souffrir en étant méchant parce qu'elle ne pensait pas à moi, ne cessant de penser à son frère mort, mon oncle Jean, au point que l'affection qu'elle me montrait, c'était à son frère Jean qu'elle était adressée. Et moi, ainsi, j'étais l'autre, le mort. Je n'étais pas moi.
D'ailleurs, elle, Marie-Louise, m'avait donné pour prénom Jean-Marie.
J'en pleure encore.

Dehors, la nuit descend.

La neige fond.

Ce journal de janvier pourrait se nommer : nais-je.


29/01/2006

29/01/06 - 20:52

Le Secret de Brokeback Mountain



Ce qui m’a touché et que je trouve réussi dans ce film : dans le cadre sauvage et grandiose d’espaces immenses (versants montagneux que caressent de grands ciels tumultueux) et durant une saison, le rapprochement de deux hommes, leur violente étreinte entre sommeil, et veille et la naissance de leur passion.
Le personnage du taciturne Ennis, « empoisonné » dès le début (rien de lourd dans le dialogue et les images qui évoquent la scène traumatique) - et qui ne guérit qu’ « après » - devenant une sorte d’ermite fidèle et dévot.
Le personnage de Jack, généreux, accordé à cette passion, voulant réaliser son plus profond désir : vivre avec celui qu’il aime.
L’embrassade éperdue et les baisers fous des deux hommes quand ils se retrouvent la première fois : explosion d’amour entre les deux, - Ennis éclaté.
Le passage du temps sur les visages, alors que la passion reste intacte même si Ennis se renferme dans son déni tandis que Jack peut crier tout son amour et sa souffrance à voir son ami refuser l’accomplissement de leur passion.
La délicatesse du metteur en scène quand il montre les sentiments dits ou non dits des personnages, leur opacité autant que leurs débordements soudains.
Le dépouillement de la toute dernière partie.

24/01/2006

24/01/06 - 23:13

MELANCOLIE




On a parfois n'est-ce pas la nostalgie des fougères des cailloux des genoux

22/01/2006

22/01/06 - 21:51

ATTITUDE : QUELQUE CHOSE COMME LA "SPREZZATURA"









Ce portrait de Balthasar Castiglione par Raphaël séduit d’emblée par sa mise en page impeccable, et l’harmonie qui s’en dégage.
L’attitude du modèle exprime la tranquillité, une aisance naturelle, voire une certaine nonchalance. C’est exactement ce que Castiglione entend par la « sprezzatura » - attitude de l’ « honnête » homme telle qu’il la définit dans son « Livre du Courtisan » : une élégance, aussi bien morale que vestimentaire, dont l’unique effort serait d’effacer toute prétention à l’élégance, une légère désinvolture donc, un peu de distance avec soi-même qui ressemblerait à de l’humour « british », - surtout une liberté « discrète » qui permet d’être exactement en harmonie avec les situations et d’y répondre avec justesse.
Le vêtement est emblématique de cette « sprezzatura » : composant une palette qui va du noir au blanc en passant par une gamme très raffinée de gris (qu’accentue la variété des textures et « colore » le gris beige du fond) le velours noir du pourpoint, le jabot plissé de la fine chemise blanche, la fourrure d’écureuil gris des revers et du col suggèrent le sobre raffinement de Balthasar Castiglione.
Son regard bleu clair, adressé franchement à qui le regarde, ne l’accapare point, met l’autre à l’aise par sa discrétion, - exprime la bonté et surtout l’attention à l’autre.
Je vois aussi dans ce portrait raffiné l’image d’une forme d’esprit, - subtil composé de finesse et d’humour, de bienveillance, et de générosité.



19/01/2006

19/01/06 - 20:02

CHER MALEFICIO,

on a pensé à vous :



Alors,



pralin (petit parallélépipède en fondant de praline sur fond de croquant, qu’orne au-dessus une noisette de ganache entée de quelques amandes effilées grillées et d’un éclat de chocolat noir) ?
ou Mozart (ça ressemble au pralin : fondant de chocolat noir avec de fines tranches de pommes à la cannelle et à la marmelade d’oranges sur fond de biscuit - et année M oblige )?

Méphistophéliquement vôtre





18/01/2006

18/01/06 - 22:21

ARTEMISIA GENTILESCHI : JUDITH ET HOLOPHERNE.



La tête (maintenue renversée) en avant, - sur son haut lit mollement en désordre, - se débattant, gît Holopherne. La jambe droite repliée dans un sursaut (défaisant, dérangeant la couverture pourpre et le drap) se tourne obliquement vers la gauche, - le genou et la cuisse en partie, dénudés.
De face, et coiffée d'un turban, - les manches retroussées, - secondant Judith dans son atroce besogne, la Servante, - penchée sur lui, pressant ses mains l'une sur l'autre, tient ainsi replié le bras gauche d'Holopherne. Le bras droit qui se lève (le poing crispé) - par son bras gauche à elle, est contenu.
Somptueusement vêtue, - s'écartant en biais à droite (le décolleté ample glissant dénude son épaule gauche) - ses larges manches remontées au-dessus des coudes, - ses bras nus obliquement tendus, Judith, - redressant le visage, les sourcils froncés, les yeux baissés sur le geste qu'elle accomplit l'air dégoûté bien que résolu, - son genou droit pesant sur le torse de l'homme couché, - exécute son dessein : sa main gauche (dont les doigts refermés agrippent des touffes de cheveux) appuyant sur la tête qui cherche à se relever, - avec l'épée serrée dans sa main droite elle tranche le cou : le sang gicle, à droite, - à gauche coule en minces filets verticaux, horizontaux suivant les plis du drap. La tête, maintenue renversée, a la bouche entrouverte. Les yeux, révulsés, fixés sur qui regarde, semblent implorer.

15/01/2006

15/01/06 - 01:34

AUJOURD’HUI SAMEDI 14 JANVIER 2005


bord du volet illuminé d’un rai de lumière orange quand je me réveille vers 9 heures. Malgré cela, humeur maussade.

pris en photo une page de Manuel, avec cet extrait de Bérénice que je trouve l’expression la plus poignante du déchirement d’être éloigné.



arrivé à midi 15 au rendez-vous de midi 05. – Oui, je suis en retard. Je n’ai pas dit excusez-moi.

attendu Ben au Café des Arts en mangeant un sandwich et un mille-feuilles et en lisant quelques articles du Monde d’hier.
Parfois, je me sens heureux à l’écouter, à le regarder. On se sépare vers 16 heures30.

traîné à la Fnac. Acheté Zazie dans le métro et Ravel d’Echenoz. La pile des livres non lus s’accroît.

rentré à la maison vers 6 heures.

goût à ne rien faire. Même pas de plaisir à un verre de Martini rouge et des biscuits aux sésames.

réchauffé un petit pâté et un reste de hachis parmentier. Moitié d’avocat, salade verte.

tour sur GA. Petit échange avec S.. Il s’en va en « vidéoconférence ». A plus.

commencé d’écouter un quatuor de Mozart, je n’accroche pas.

téléphone de J.-L.

journée nullissime. Incapable de dire ce qui fait mal.

14/01/2006

14/01/06 - 20:03

GEORGES DE LA TOUR : L'ANGE APPARAISSANT A SAINT JOSEPH



De l'angélique Enfant qui se tient debout à gauche dans la pénombre et se présente de profil le visage apparaît, illuminé.
Une mèche de fins cheveux brille sur l'oreille ; à l'œil, un infime reflet luit.
De l'ample vêtement, ceint haut d'une écharpe dont la guipure un peu scintille, à contre-jour la manche et la main droite avancée se dessinent, cachant l'éclairante flamme d'une bougie : le clair-obscur au centre ordonne et répartit la pénombre du lieu. La main gauche, à hauteur de l'épaule en un geste gracieux soulevée horizontalement, suscite on ne sait quoi, éclairée sur le bord.
Le Vieillard est assis, endormi, - accoudé, la tête appuyée dans la main droite, son autre main tenant à peine le livre ouvert posé sur ses genoux.
Le Vieillard (la mystérieuse Enfant s'apprête à l'éveiller) dort, en proie aux affres du sommeil.

12/01/2006

12/01/06 - 23:28

CAPRICCIO


Tiens, j’aimerais revoir Amarcord.
Tiens, j’aimerais marcher le long de la falaise de Ramsgate à Pegwell Bay.
Tiens, si je passais la journée au lit à lire Zazie dans le métro.
Tiens, je mangerais bien un opéra de chez Koenig.
Tiens, j’aimerais avoir autour du cou le bras de C., ou d’un autre.
Tiens, je serais en 1970, à Dubrovnik.
Tiens, si j’écoutais L’Imprudence, « à l’avenir / laisse venir / laisse le vent du soir décider /
à l’avenir / laisse venir / laisse venir / l’imprudence »
Tiens, j’aimerais voir S..
Tiens, j’aimerais revoir les Friedrich de la Kunsthalle.
Tiens, je boirais bien un expresso à Rome.
Tiens, j’aimerais bien avoir ma joue contre celle de A., ou d’un autre.

Bon, je vais manger du chocolat et j’écouterai des sonates de Scarlatti.

Per favore, Maestro, jouez-moi donc la K. 213!

10/01/2006

10/01/06 - 22:59

AUJOURD’HUI, MARDI 10 JANVIER 2006

décidé à 13 h de rentrer, j’avais trop envie de dormir.

eu froid dehors.

bien dormi de 14 h 30 à 16 h.

rêvé que j’étais sur la plage de Khalives, en Crète. Le lieu est un peu étrange - absolument désert, sous un ciel bleu éclatant. Le sol est constitué d’une unique roche blanche comme poreuse. Je me déplace en rampant comme ferait un petit enfant, ou quelqu’un qui aurait le vertige. La lumière est éclatante, mais c’est une lumière d’hiver : l’ombre d’un muret proche s’étend largement sur le sol. Voulant m’abriter de la lumière trop éclatante, je gagne l’ombre en rampant, mais y étant parvenu j’ai froid. Je retourne au soleil. Puis il me semble que je sois entraîné vers la mer comme si je dévalais une légère inclinaison où l’on ne pourrait se retenir.

joué à mon réveil avec ma chienne Ocarina.

dîné d’un gratin de fenouil, d’une galette de sarrasin et d’une tranche d’ananas.

travaillé un peu sur le dénouement de La Chartreuse.

08/01/2006

08/01/06 - 22:27

SIGNE : POISSONS (III)



Ard nu se tient debout sur le rebord de la piscine, regardant la surface miroitante, la transparence de l'eau. Il inspire un grand coup, plie les genoux, bras étendus au-dessus de la tête baissée plonge, en un grand splash pénètre l'eau, y glisse, ouvre les yeux, éprouve l'élément limpide, voit les carreaux de céramique bleue qui se déforment, la surface au-dessus dessinant un entrelacs d'arabesques mouvantes, sent sur sa peau, entend autour tout un bouillonnement d'eau déplacée, et se laisse glisser, se cambre, ramenant les bras au corps gagne la surface, émerge.
Ré s'avance sur le rebord de la piscine, tenant dans sa main gauche un livre fermé. Il est vêtu d'une chemise à manches longues, dont le col est ouvert. Ré a les cheveux très noirs, assez courts. Il s'arrête et regarde le nageur qui approche du bord.
Ard lève les yeux, sourit, et se laisse couler, dans un bouillonnement d'eau agitée.
Ré se dirige vers un fauteuil en toile à rayures bicolores, s'assoit au fond, repliant les jambes (genoux écartés) en tailleur, - penche le buste en avant, pose par terre son livre intitulé Les Affinités électives, se redresse et se tient le dos un peu courbé. Les bouts des doigts écartés se joignant à hauteur des lèvres, Ré demeure le regard fixe, plissant les yeux.
Ard s'appuyant des mains sur le rebord se soulève, ruisselant, pose d'abord (jambe pliée) le pied gauche, se redresse. Ard debout, tourné vers le fauteuil en toile, inspire, bras étendus au-dessus de la tête bascule, en un grand splash plonge et s'enfonce sous l'eau, ouvre les yeux, souplement nage.

05/01/2006

05/01/06 - 19:55

SIGNE : POISSONS (II)



DESCRIPTION D'UN GRAND TABLEAU DE DAVID HOCKNEY :
PORTRAIT OF AN ARTIST (POOL WITH TWO FIGURES)
OU BIEN, COMMENT DECRIRE LE RENDU STYLISE DE L'EAU
(CEPENDANT QUE L'AUTEUR REVAIT, TROUBLE PAR L'ETRANGE
ET SILENCIEUX RAPPORT DES DEUX PERSONNAGES)

Portrait of an artist (pool with two figures) est une très grande composition de David Hockney qui représente, sur un arrière-plan montagneux, en partie une piscine, le rebord y correspondant, et son pourtour uniformément dallé aux tons bleutés par endroits.
Sur un bleu aquarellé plutôt soutenu mais d'intensité inégale, des taches oblongues plus claires figurent les surfaces miroitantes de l'eau agitée. En bas, un réseau irrégulier que composent les formes distordues de mailles assez lâches délimite la surface de chaque vaguelette, d'un bleu clair en contraste avec le haut, bien que certaines soient de couleur diversement saturée, çà et là plus foncée, donnant l'impression de profondeur. Dans cette zone, - juste au milieu inférieur du tableau - quelqu'un nage approchant du bord. Sa chevelure (il nage sous l'eau) est déformée par l'eau déplacée. L'avant-bras gauche transparaît, aminci. L'autre bras, plié au coude, s'étend. Le dos est allongé. Les jambes, pliées aux genoux, s'écartent.
Devant lui, au milieu sur le rebord oblique de la piscine, un jeune homme est debout. Il est habillé d'une veste groseille et d'un pantalon blanc, ombré de bleu clair. Son pied gauche à peine plus en avant, comme arrêté, - il présente le côté gauche de son visage penché, les yeux baissés vers le nageur. Une grande mèche de cheveux blonds s'achève sur la tempe. Le jeune homme figuré est Peter Schlesinger, le nageur John Saint-Clair.
Au-dessus de la ligne horizontale délimitant le pourtour dallé, sont peintes les cimes variées d'arbres, d'essences méditerranéennes ou tropicales : pin parasol, acacia, ifs, tamaris gris rose, aloès. Au-delà, une ombreuse végétation vert foncé s'étend sur deux versants, entre lesquels au loin se profilent des montagnes bleuâtres, embrumées.

04/01/2006

04/01/06 - 21:08

GEORGES DE LA TOUR : LE TRICHEUR A L'AS DE CARREAU

Les mains diligentes ordonnent la tricherie que les regards démentent.



Tout à droite de profil, quelque peu isolé des trois autres, le Jouvenceau se tient assis, l'air sérieux, - vêtu d'un riche pourpoint de satin gris splendide rehaussé de motifs floraux; de jolies grenades bigarrées brochées d'or et d'argent figurent sur le collet (cravaté de ruban orange); l'entournure est ornée de mignonnes bouffettes, aux boucles de ruban cramoisi retombant sur l'étoffe soyeuse de la manche; la tête porte une coiffe, que surmonte une opulente plume orangé clair.
Les deux mains, rapprochées, tiennent soigneusement devant lui ses cartes à l'abri des regards.
Les yeux sont baissés, tout entier attentifs à supputer son jeu.
Presque au centre, assise derrière la table (ayant à sa droite la Servante debout) la Courtisane préside, - revêtue d'une robe de velours mordoré, aux somptueuses manches à crevés dentelés finement; l'ample décolleté, liseré de soie or, souligne la chair blanche et nue de la gorge, où brille un lourd collier de perles; une toque vermillon, que garnit un plumet, coiffe la tête.
L'index de sa main droite soulevée requiert. La main gauche, posée sur le tapis, nonchalante, a les cartes.
Le visage, parfaitement ovale, ignore : la moue et les grands yeux (dont l'impérieux regard se lève en coulisse vers la Servante) avec autorité signifient l'absence de toute tricherie.
La Servante se trouve debout à côté, - portant une robe dont le haut, vert sombre, laisse passer des manches blanches, à frêles fleurs brodées; la tête est coiffée d'un turban de soie jaune d'or, d'où part une aigrette. Le visage est penché, figuré de profil. Le regard en coin, soumis, dément sa complicité.
La main droite présente (à sa maîtresse ou bien au Jeune Homme) une coupe remplie de vin rosé.
A gauche, en bout de table, le buste un peu fléchi de côté, accoudé, se tient le Tricheur, - sobrement habillé d'un justaucorps, dont le col est paré d'un faux ourlet grenat aux menus fleurons or; à l'emmanchure pendent par deux des rubans noirs à ferrets.
(Tandis que la main gauche, dans le dos, tire avec art de la ceinture l'as de carreau) la droite tient négligemment ses cartes.
Le Tricheur, visage détourné de son jeu, a le regard distrait.

02/01/2006

02/01/06 - 13:04

AUJOURD’HUI 2 JANVIER 2006, LUNDI



Et merci à Henri pour ses précieux conseils.

 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13