PORTRAIT (SUITE, II - ANNO MCMLXXVII)
DESCRIPTION ASSEZ STRICTE ET PENSIVE D'UN TABLEAU
DE CASPAR DAVID FRIEDRICH :
LEVER DE LUNE SUR LA MER.
AVEC UN EXTRAIT DES FRAGMENTS D’UN DISCOURS AMOUREUX
DE ROLAND BARTHES
Le tableau représente au premier plan un rivage encombré de rocaille et de quelques grands blocs grossièrement arrondis sur lesquels sont assis, tournés vers le large, deux jeunes femmes ensemble et, en retrait, le buste penché vers l'avant, un autre personnage.
(Demeurent silencieux. Contemplent.)
La mer, étale, illuminée, brasille, - compose de longues lignes horizontales discontinues de points scintillants. La lune en partie émergée de sombres nues accumulées largement à l'horizon diffuse (embrasant quelque peu le ciel nocturne) son hallucinante clarté.
(La rumeur de la mer, monotone et confuse, infinie, en eux retentit, - inquiète vaguement leur âme endolorie.
"Le plus souvent, je suis dans l'obscurité de mon désir; je ne sais ce qu'il veut."
"Mais parfois, c'est une autre Nuit : seul, en position de méditation (c'est peut-être un rôle que je me donne !), je pense à l'autre calmement, tel qu'il est ; je suspends toute interprétation ; c'est la nuit du non-profit, de la dépense subtile, invisible : estoy a oscuras ; je suis là, assis simplement et paisiblement dans l'intérieur noir de l'amour.")
Contemplent, tournés vers le large à gauche : au second plan non loin du rivage, sur la mer, un bateau (son haut mât comporte la voile inférieure carguée) demeure. Plus loin à gauche, un autre bateau est, voiles déployées, également immobile.