PORTRAIT (SUITE)
Il y a ceux qui ont leur photo en couleur, et ceux qui sont réduits à une icône grise.
Il vaut mieux mettre sa photo : on est dans une civilisation de l'image, elle fait réagir immédiatement : il me plaît, il me plaît pas. On ne sait trop pourquoi, mais ça se "sent". La photo montre quelque chose du corps de l'autre, elle attire, un peu, beaucoup, - ou pas du tout : elle fait rêver et fantasmer. "Rholala, le corps de l'autre !" (c'est moi qui parle).
Je n'ai pas mis ma photo parce que je n'ai pas d'appareil numérique. Peut-être aussi parce que ça m'arrange un peu : j'ai plutôt un mauvais rapport à mon image. Je ne crois pas être "photogénique", comme on dit, c'est à dire plus ou moins conforme aux standards de beauté de l'époque. Mon impression est subjective, mais j'en suis affecté d'une légère honte, un léger sentiment d'infériorité.
Pourtant certains jours en me regardant en face dans la glace, je me trouve beau ; par exemple après avoir bien discuté avec un ami, ou bien après avoir fait l'amour. C'est subjectif, - et peut-être un peu objectif.
En prenant un peu de recul, je crois que c'est un peu objectif. Peut-on trouver le point de vue juste ?
Malgré tout, si j'avais eu un appareil, j'aurais mis des photos.
Je me suis amusé à dire mes goûts, à jouer au portrait chinois ("Si vous étiez un objet ..."), à répondre au questionnaire de Proust. C'est donner aux autres un aperçu de soi, mais là avec des mots : c'est peut-être plus "parlant". Ce peut être aussi l'occasion d'exercer son esprit, et certains y réussissent, - plus ou moins subtilement.
On discerne vite ceux pour qui les mots ont des "sens" et quelque chose de sensuel, ainsi que leur combinaison en phrases, - et ceux pour qui ils ne font que transmettre des informations. Je me sens tout de suite en "intelligence" avec les premiers, accordé à un certain fonctionnement de la sensibilité ; les seconds peuvent aussi me procurer du plaisir par le contenu du message qu'ils m'envoient.
Enfin, j'ai été heureux de lire l'article de Ronans sur les mouvements de sympathie et d'antipathie qui nous animent (intitulé "Neutre") : l'analyse est remarquable par sa rigueur et sa justesse. Qu'est-ce qu'il m'a fait rire aussi avec les "leçons de "choses" dispensées par Ikéa.
Ç'aura été une bonne journée.
21/11/05 - 00:41
Wâ, super, mon blog se voit doté d'une publicité gratuite, de la part de qqun que je n'ai mm pas eu à soudoyer ! Merci - et bienvenu, donc ! ;-)
ronans