29/12/2005AUJOURD'HUI JEUDI 29 DECEMBRE 2005 : NEIGE ET SOLEIL
AUJOURD’HUI MERCREDI 28 DECEMBRE 2005épluché 2 kilos de pommes de terre ensuite coupées en rondelles pour le baeckeofe que j’avais commencé hier soir : j’avais invité à déjeuner mes parents, mon frère et ma belle-sœur, mais dans la soirée, vu la neige qui n’avait cessé de tomber, l’état des routes (et de monstrueux embouteillages du côté de N.) mon frère m’avait prévenu qu’ils ne pourraient venir, ce que je comprenais très bien.
photographié, tout coiffé de neige, le fouillis enchevêtré des tiges du polygonum qui recouvre le toit de l’appentis
lu sur GA le rêve de Ronans, et des passages de blogs
tourné en rond
dormi de 16h 30 à 17h 45 (réveillé dans un crépuscule gris bleuâtre : sensation de temps et de lieu suspendus)
écouté des sonates de Scarlatti, pour apaiser mon humeur passagèrement mélancolique
dîné d’un peu du baeckeofe, en particulier d’une succulente moitié de pied de porc, dont le moelleux aromatisé fut un régal
27/12/2005CONNAIS-TOI TOI-MEME ( AUJOURD'HUI 26 DECEMBRE 2005)
20/12/2005SIGNE : POISSONS
Le symbole de ce signe figure deux poissons accolés et reliés par une sorte de cordon de gueule à gueule mais disposés en sens contraires. Cette dualité contradictoire m’a souvent paru correspondre à ces tiraillements qui, par exemple, m’empêchent de prendre une décision franche, et me laissent dans l’irrésolution.
Je reste fasciné par les formes et les couleurs des poissons et leurs évolutions derrière les vitres d’un aquarium. Couleurs précieuses. Dynamique nerveuse et fluidité des mouvements.
Mais toucher un poisson me fait horreur, tout comme son odeur me dégoûte. Il me serait impossible de manger du poisson cru. Je n’en apprécie la chair qu’entièrement dénaturée : panée et frite, ou accommodée d’une sauce au safran, par exemple.
J’ai manqué me noyer une première fois adolescent dans la piscine municipale. Je ne savais pas nager. J’ai glissé à la limite des deux bassins, dans celui où l’eau était plus profonde.
Je me suis affolé, m’enfonçant, remontant à la surface, avalant beaucoup d’eau en voulant crier, enfin restant au fond, sentant mes mollets se contracter, pensant alors que c’était vraiment absurde de mourir noyé dans une piscine.
Le maître-nageur m’expliqua qu’il m’avait assommé pour pouvoir me remonter sans que je me débatte. Ayant repris connaissance, j’étais surtout sensible au slip de bain et aux cuisses musclées du maître-nageur.
Mon père avait tenu à ce que je retourne à la piscine dès le lendemain.
Au moins j’y revoyais le maître-nageur.
Et peu à peu j’ai appris à nager, et même à y prendre plaisir, - malgré mon appréhension de l’eau éclaboussée sur le visage qui me coupe aussitôt le souffle.
Ainsi en Angleterre et en Crète j’aimais gagner le large et m’y prélasser seul.
Un jour d’été 80, en Crète, j’ai failli me noyer une seconde fois. J’étais au large, j’ai voulu rejoindre la plage.
Soudain je sens ma respiration s’amoindrir au fur et à mesure que j’avance. Je crois que je ne parviendrai pas à atteindre le bord, j’appelle au secours, personne ne réagit, ma respiration est presque bloquée. Soudain j’ai pied, je suis sauvé.
Le lendemain, non sans appréhension, j’ai voulu me baigner. Dès que je n’avais plus pied, le symptôme respiratoire reprenait, avec la même angoisse. J’ai rejoint le bord.
Je n’ai plus jamais nagé depuis.
Mon médecin, à qui je confiais ces symptômes, m’a répondu que je devrais songer à me réconcilier avec l’eau.
Je commence, - en me mettant la tête sous la douche (ce qui m’était impossible auparavant) et en laissant l’eau ruisseler sur mon visage.
Je commence à trouver cela agréable.
18/12/2005AUJOURD’HUI 18 DECEMBRE 2005, DIMANCHEécouté à la radio en lisant le journal Saül de Händel
photographié quelques vieilles photos mises en scène pour le Discontinu d’une Elégie.
pris une douche : sentir l’eau chaude ruisseler sur le visage et la nuque, sur le dos, sur le ventre, sur les cuisses
déjeuné avec J.-L. : moitié de pamplemousse, steak dans la bavette à l’échalote et persillé, salade verte, pâtisseries (un opéra, une tartelette aux myrtilles)
fantasmé : prendre sa tête dans mes mains, regarder ses yeux, mettre sa tête dans mon cou, le serrer dans mes bras
poser ma tête sur son ventre et s’endormir
préparé mon départ pour L. Je rentrerai mardi soir
17/12/2005 DISCONTINU D'UNE ELEGIE (36 FRAGMENTS)
I
Je m'étais réveillé à l'avant du bateau
Sillonnant souplement la mer
La nuit plus claire
II
L’air doux s’évaporait légèrement dans l’aube
Au loin se découvraient bleu pâle et mauves les côtes crétoises
III
Le bateau entrait dans la baie de Souda
J’apercevais sur les pentes ensommeillées des montagnes signalés dans l’ombre par leurs lumières électriques trois villages je cherchais à identifier kéfalà
IV
J’avais tout à coup sangloté repensant à ce douloureux désir qui me pénétrait un an auparavant lorsque je lisais le manuscrit de l’homologue
Il l’avait furieusement aimé cet homologue
V
Et moi l’éblouissante histoire m’avait saisi
J’arrivais aux plages tant rêvées du récit
VI
Un certain Manolis me conduisait cet odorant jasmin en fleurs près du café on montait une ruelle avions débouché dans l’air brûlant d’une petite place
On redescendait un chemin pierreux et tournant étions rendus à sa maison
VII
Tel un autre christ vêtu de neige dans une icône de la transfiguration dans l’encadrement de la porte de la cuisine obligé de courber la tête et levant les sourcils il était apparu en chemise blanche pantalon blanc les pieds nus le visage reposé souriant aimable
VIII
J’imaginais sans que cela me fût pénible d’autres soirées passées dans cette cuisine quand celui qu’il aimait avait été là
Quand l’homologue était absent pensant à lui
Ecrivant l’homologue
IX
Le matin dehors sous la toile jaune passé tendue au-dessus de la table on prenait le petit-déjeuner
En bas du versant rocailleux parsemé de cactus et de quelques figuiers la mer brillait
X
Invisible et strident parmi les pins le chant des cigales s’intensifie assourdissant
En vagues successives se raréfie
La clarté aveuglante les murs blancs
XI
Dans cette haute pièce chaulée sans fenêtre un vantail de la porte entrouvert laissant entrer assez de lumière tandis qu'assis sur ma couche j'écris lui dort plus loin allongé sur le côté droit les jambes un peu repliées
XII
Sur le muret de la terrasse une touffe verdoyante de basilic embaumait je passais mes mains dedans comme joyeusement dans une chevelure ébouriffée et mes paumes sentaient bon l'aromatique essence de la plante
XIII
La nuit silencieuse aérée la claire obscurité du ciel fourmillant
Brillante et brusque pluie fine d'étoiles filantes
Chant éclatant d'un rossignol nocturne
XIV
Il boit du raki
Sa lèvre inférieure en avant le regard baissé les sourcils se contractant soudain au milieu du front composent de façon inattendue un masque douloureux
Il tient entre deux de ses longs doigts souples son verre qu'il pose sur la table qu'il regarde
XV
Soudain il chante en grec à tue-tête
Et l'éperdu désir de son passé en moi déchirement atroce hurle étouffé
Cette tendresse affectueuse et sensuelle qu'à cet autre il aura prodiguée avec ses grandes mains le caressant couvrant son visage de baisers
XVI
Fatigué il étend sur la table son bras y pose sa tête sa main pendant
XVII
Nous marchions l'un à côté de l'autre dans réthymnon
Hommes et garçons portaient des shorts de blue jean déchiré le mouvement alternatif de la marche montrait souplement remuée par le jeu musculeux des cuisses leur chair bronzée douce et velue
XVIII
S'arrêtant il m'avait indiqué dans une ruelle perpendiculaire une maison il avait travaillé là huit jours chez un menuisier
Malgré l'indifférence du ton la confidence était peut-être une faveur légère
XIX
Il me parle avec considération je peux parfois sentir même son amitié mais je regrette notre enthousiasme chaleureux lorsque nous discutions en buvant de la bière l'hiver passé en france
Son étincelant sourire sa parole alors m'enflammaient ou bien il avait le regard fixé sur la nappe en papier et ses grands doigts maniaient déplaçaient de petits morceaux cartonneux arrachés au dessous de son bock
XX
Dans une très vieille chapelle où nous étions entrés nous regardions l'iconostase quand soudain nous avions vu sortant d'une couronne de laurier poussiéreuse qui ornait la croix en haut un rat
Il avait allumé deux petits cierges qu'il éteignit avant de partir
XXI
Dans une librairie de réthymnon il avait acheté les poèmes inédits de cavafy
Un jeune homme aux yeux noirs et dont l'ardent sourire m'emplit de trouble était debout derrière le comptoir
Nous avions dîné sur le port
La lune s'était levée sur la digue légère ronde rouge amorçant sa courbe progression
XXII
Je m'étais réveillé dans la nuit
Immobile le silence
De rares bruits impressionnants
Je retenais ma respiration pour entendre mieux identifier
Passage furtif d'un animal nocturne frôlements de feuilles que remue un léger souffle de vent
XXIII
Nous grimpions sur de grands rochers où les vagues venaient se fracasser écumeuses y ruisselaient les blocs poreux rongés par endroits découpés régulièrement formaient un lieu étrange
XXIV
Nous dînions sous le clair feuillage d'une treille où pendaient des grappes de raisin magnifiques il m'avait demandé comment terre se dit en grec ancien
XXV
Tandis qu'infiniment se diluait dans l'ombre grandissante l'émouvante beauté dorée du soir sur la mer on voyait s'éloigner un navire et progressivement mourir son lent sillage
Nous avions beaucoup bu et ri nous étions légèrement ivres
XXVI
Dans la lumière des phares l'âpre paysage nocturne sans cesse surgissant engouffré glissait
La nuit je désirais son corps
XXVII
L'éblouissante clarté d'un matin
Il tenait dans sa main un petit gecko
Je lui disais mon instinctive répugnance pour cette sorte d'animaux
Le visage penché il souriait
Encouragé j'avais pris de sa main dans ma paume le petit animal gélatineux qui remua nonchalamment
XXVIII
En fin d'après-midi assis sur le muret de la terrasse nous regardions avec des jumelles les côtes jusqu'à réthymnon
Ainsi vue lourde lave toute luisante la mer semblait vaguement se mouvoir
Perdu dessus un bateau minuscule
Emergeant aérien d'une fine brume bleu clair au loin le mont ida apparaissait grand sein rose-doré
XXIX
Il regardait mes cartes postales
Une l'avait arrêté une icône l'hospitalité d'abraham
Nous nous étions amusés au détail d'une toute petite tête de veau dans un plat
Il avait cherché dans sa bible l'épisode figuré
XXX
Lui et moi allant nous baigner passions près de gens attablés qui bavardaient sous les tamaris dans lesquels pendaient des ampoules électriques déjà allumées
L'atmosphère du soir était très douce nous entrions dans l'eau transparente et fraîche nous étions seuls
Dans la pénombre je l'entendais un peu plus loin plonger puis s'ébrouer quand il émergeait
XXXI
Le matin devant la baie resplendissante sous le soleil nous avions lu quelques pages de proust avant de reprendre le bateau
Je l'avais photographié devant le petit port qui s'éloignait torse nu assis à l'arrière tandis que penché en avant il se taisait
XXXII
On dînait devant le rivage désert il avait plu le vent emportait de lourd nuages noirs
Silencieux on suivait la route longeant la mer
Les lampadaires l'obscurité les vagues bruissantes s'abattant sur le sable
Je pensais à mon départ le lendemain
XXXIII
Sur le quai il avait lancé d'un air moqueur que nous allions avoir maintenant une vraie correspondance
Je me souviens de phrases frêles dites précipitamment
D'abrupts silences
Ses yeux étaient incessamment distraits
XXXIV
Quand j'étais entré dans le bateau j'avais éclaté en sanglots je m'étais retourné une dernière fois il était encore là j'avais fait un petit signe de la main il y avait répondu
Je l'apercevais là-bas près de la voiture dont le capot était levé il était penché sur le moteur
Il avait démarré était parti
Le bateau dans la baie de souda partait
XXXV
Je suivais des yeux la côte je nommais kalyves plaka sur la cime éloignée ne voyais plus kéfalà
Des lumières scintillèrent la nuit venue
Obscur l'aimé rivage au loin sombrait
XXXVI
Longtemps je regardai éperdu
12/12/2005CONVERSATION
Vous avez une conversation qui dure presque une heure et demie, qui n’est pas superficielle, mais directe et franche : vous posez des questions, l’autre y répond immédiatement, sans réticence aucune. On se quitte poliment.
Vous repensez à cette conversation, et vous constatez que l’autre, pas une fois, ne s’est adressé à vous, en vous nommant, ou bien en disant tu (ni vous), - ni ne vous a posé de question.
Vous vous demandez pourquoi : discrétion ? absence de curiosité ? indifférence aux autres, et donc, en l’occurrence, à l’autre ?
Faut-il seulement s’en tenir au constat, et suspendre l’interprétation ?
Pourtant, vous avez cru sentir une certaine bienveillance dans les réponses.
Vérification faite, si, il y a eu un « tu », bizarrement après qu’on eut pris congé l’un de l’autre, dans une sorte de post-scriptum ou de hors champ.
11/12/2005AUJOURD’HUI 11 DECEMBRE 2005, DIMANCHEbien dormi, levé vers 9 heures et demie
magnifique, le soleil bas d’hiver inondant le salon, en franchissant le seuil et pénétrant jusque dans le couloir qu’il éclaire
bu d’un excellent Pomerol (invité au restaurant pour l’anniversaire de Mme S.)
envoyé un message à Squizzz, à propos du commentaire qu’il avait fait sur mon dernier post
09/12/2005 G. DE LA TOUR, LA DECOUVERTE DU CORPS DE SAINT ALEXIS
De profil se penchant au-dessus du corps vêtu austèrement, qui repose assis, le buste et la tête inclinés en arrière, - le jeune Valet a la figure éclairée en plein par le flambeau que sa main droite tient oblique, tandis que la gauche délicatement découvre, retirant un pan de bure qui le cachait, le masque impassible de l'homme, yeux clos, bouche entrouverte.
L'adolescent penché, coiffé d'une toque sombre galonnée d'or et garnie d'un plumet blanc, porte un gilet évasé violet pâle, aux bords ourlés de noir. La clarté de la flamme avive le satin vermillon des manches.
L'adolescent penché, blafard sous la vive clarté du flambeau, a le regard fixé sur la bouche entrouverte.
Le jeune Valet, penché sur l'homme ainsi gisant (dort-il? est-il mort?) - bien que ses traits ne soient émus en rien, lèvres serrées, reste interdit.
PETITE PIECE AU LYRISME VITE RESORBE
m'avait cloué sur un lit de torpeur turpé est turpé est répétez dit le maître et n'arrivais pas à achever haletant. Le grand thon transpercé musculeux qui regimbe, un gigantesque adolescent avec vigueur plante en plein corps bondissant son trident. Transpercé musculeux qui regimbe étincelant métal fuselé foudroyé par l'épieu. L'œil rond m'avait fixé. M'avait cloué. Errare humanum à jamais dérivais.
Et le Dante embarqué (avait bu, titubait, il titubait en la barge funèbre instable) me soufflait : fictio rhetorica musicaque poita, - et s'évanouissait.
Ah le joli petit corbillard (au dais drapé de noir frangé d'argent) qui trotte attelé de quatre chevaux fringants empanachés de noir !
Parmi le clapotis noirâtre on voyage en silence, et le Dante embarqué souriait murmurant.
06/12/2005AUTOPORTRAIT EN LECTEUR DE PROUST
Je pensais au tableau de Vermeer, la Vue de Delft. Je me rappelai la page de Proust que je voulus relire :
"Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Vermeer (prêté par le Musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu'il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu'il ne se rappelait pas) était si bien peint qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d'art chinoise, d'une beauté qui se suffisait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit, et entra à l'exposition."
J'eus envie de voir, de regarder le tableau de Vermeer, désirant reconnaître le petit pan de mur jaune, non pour vérifier ce que l'auteur avait écrit, mais comme mû par la véhémente curiosité de découvrir quelque lieu du tableau, mystérieux (par où, peut-être, on pourrait comme pénétrer : entrant ainsi dans un monde secret.
Et j'évoquai le ventre maternel - maritime : mer intime où l'on a baigné, inconscient : somnolence dont on ne sait rien, sinon cette puérile nostalgie : douloureux désir d'un lieu où retourner insouciant : en sécurité).
"Dès les premières marches qu'il eut à gravir, il fut pris d'étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l'impression de la sécheresse et de l'inutilité d'un art si factice et qui ne valait pas les courants d'air et de soleil d'un palazzo de Venise, ou d'une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant Vermeer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu,"
Qui sortent d'une Porte fortifiée décorée d'un pignon (où l'horloge indique sept heures dix) et surmontée d'un clocheton, - venant de la cité cachée derrière son mur (et je l'imaginai fourmillante comme cette population bourgeoise par les rues de la ville composant au milieu du tableau le fond de la Vierge du Chancelier Rolin, - que la main de Van Eyck, avec d'infimes mouvements impeccablement maîtrisés par la concentration de la pensée et de l'œil sur la loupe grossissante, - de l'extrémité du pinceau a peinte) - des petits personnages en bleu que la main de Vermeer (par lui-même représentée dans l'Atelier du Peintre posée soigneusement sur un réglet afin de ne pas salir la toile où son pinceau applique la couleur) avec minutie a figurés.
"il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune."
C'était là l'expression que je désirais, sans vraiment en être conscient, retrouver.
De l'artiste, le savoir-faire et les mouvements sensibles ont travaillé la peinture,-- inventé cette précieuse matière. Quand vous regardez, en effet, un collage, où se trouve donné immédiatement un objet brut dont vous admirez la matière (une étoffe, par exemple), vous n'éprouvez pas ce contentement que vous auriez à le voir représenté - inscrit dans un présent autre : l'artifice - en peinture par Vermeer ou par Georges de La Tour, comme dans le Tricheur à l'As de Carreau ce satin gris splendide rehaussé de motifs floraux et, sur le collet, de jolies grenades bigarrées brochées d'or et d'argent..
La précieuse matière du tout petit pan de mur jaune implique tout autant le matériau par le peintre préparé, qu'un certain mouvement de son corps (de l'imaginaire intime formule, - peut-être l'émotion suscitée par l'absence même d'un petit pan de mur jaune dont l'ensoleillement, d'autant plus précieux que fugace, avait rempli l'homme d'une sensation intense de bien-être) par la touche du pinceau ayant incorporé le matériau de la peinture.
"Ses étourdissements augmentaient; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur jaune. "C'est ainsi que j'aurais dû écrire, dit-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune"."
05/12/2005L'AVEUCet aveu impossible, finalement je l’ai fait.
Je pressentais que ce serait une fin de non-recevoir, - impossible à entendre. C’est pourquoi il m’était impossible de le faire.
Ainsi je préférais ne rien dire et prolonger l’illusion. Cette fin de non-recevoir était impossible à entendre car elle aurait signifié (c’est ma « logique » tordue) que j’étais réduit à rien, que je perdais tout le plaisir que je prenais à ces échanges.
Or l’aveu fait, ce qui fut « répondu » transforma la douleur attendue en une complète et véritable expérience du réel : la « réponse » prenait exactement en compte la situation dans toute sa réalité et fut donnée avec la plus grande bienveillance et la plus grande délicatesse.
Elle éclaira autrement la perception de mon désir et d’abord me donna à constater que je n’étais point anéanti, dans tous les sens du terme, et que ces échanges pouvaient continuer.
J’aurai fait ce qui me paraissait « interdit » (impossible à dire).
Et j’aurai reçu le bienfait de paroles qui m’ont apaisé, réconcilié avec moi-même, et redonné confiance.
J’aurai un peu modifié ma logique « amoureuse ».
J'en remercie cet homme.
Vrai bonheur fut l’échange final :
MOI : « - Bonne nuit à toi.
LUI : « - Bonne nuit, cher.
03/12/2005UN VERS DE DANTE OUBLIE
Je disais que borgès considérait ce vers comme le plus beau qui fût mais j’étais incapable de le citer et ne m’en venaient aux lèvres que des bribes altérées comme ces morceaux de verre que le feu d’un incendie a fondus et déformés d’orizzonte azzuro
Un matin d’avril vers six heures derrière la vitre je regardais à l’horizon l’ultime bleu de la nuit s’éclaircir d’une précieuse intensité colorée et je récitai par cœur alors dolce color d’orïental zaffiro
Je cherchais le vers magique dans le purgatoire au début du quatrième chant au début du cinquième du sixième c’était une édition ancienne in-octavo avec des gravures non elle n’avait pas de gravures je confonds avec ces deux autres petits volumes d’une traduction de la jérusalem délivrée imprimée en mdcclxxv un ver avait doublement troué dans l’épaisseur d’une trentaine de pages le premier volume on avait ri
Le soir je retrouvai le vers de dante au début du premier chant quand le poète sort de l’enfer et revoit pure eau bleue de pierre précieuse ô si douce couleur alors l’azur nocturne dolce color d’orïental zaffiro
01/12/2005PETITE PIECE AU LYRISME VITE RESORBE
m'avait cloué sur un lit de torpeur turpé est turpé est répétez dit le maître et n'arrivais pas à achever haletant. Le grand thon transpercé musculeux qui regimbe, un gigantesque adolescent avec vigueur plante en plein corps bondissant son trident. Transpercé musculeux qui regimbe étincelant métal fuselé foudroyé par l'épieu. L'œil rond m'avait fixé. M'avait cloué. Errare humanum à jamais dérivais.
Et le Dante embarqué (avait bu, titubait, il titubait en la barge funèbre instable) me soufflait : fictio rhetorica musicaque poita, - et s'évanouissait.
Ah le joli petit corbillard (au dais drapé de noir frangé d'argent) qui trotte attelé de quatre chevaux fringants empanachés de noir !
Parmi le clapotis noirâtre on voyage en silence, et le Dante embarqué souriait murmurant.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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