J'écoute : Anouar Brahem, The Astounding Eyes of Rita
Je regarde : les visages, des peintures
Je lis : Les "Mémoires" de Saint Simon.
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : "Je ne cite pas"
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour jeudi 28 janvier 2010 à 18:50)

30/11/2005

30/11/05 - 20:57

AUJOURD'UI 30 NOVEMBRE 2005


fait ce soir une tarte aux poireaux dont j'ai mangé la moitié

bu un verre de Côtes du Lubéron

nulle envie de travailler

allez, musique : ce soir, Pergolèse, le Stabat Mater

30/11/05 - 20:49

UN TABLEAU DE FRANCIS BACON : OEDIPE D'APRES INGRES.




En bas à droite, la cuisse haut levée, comme s'il s'élançait pour enjamber une haie, Oedipe se tient le pied (enveloppé d'un blanc bandage qu'imprègnent deux taches sanguinolentes) posé sur un étroit piédestal. Un trait bleu circulaire entoure obliquement l'invisible meurtrissure. Le visage avancé marqué, écoute.
Sur un podium à gauche, le Sphinx se dresse, planté sur ses grosses cuisses pâles de volaille (dont les pieds palmés semblent rognés). Le buste est de profil, les seins saillants. L'énigmatique face, légèrement floue comme sur une photographie un visage qui a bougé, paraît asexuée. Une goutte blanche et lourde perle à la commissure des lèvres.
En haut, fantomale et suspendue dans le noir d'une porte ouverte, - est tapie l'Erinye, ensanglantée : pourvue de deux pédicules recourbés terrible tête toute meurtrie de poulpe, qu'un rostre prolonge, par en dessous dardant un aiguillon blême. Une courte flèche blanche rougie désigne l'atroce : l'énorme œil est écrabouillé.

Ingres avait représenté Oedipe la cuisse gauche levée horizontalement, à angle droit avec le mollet, - le pied posé sur un rocher. "Je détachai tes pieds transpercés, c'est pourquoi on t'a donné le nom que tu portes : Oedipe." Un trait bleu circulaire entoure l'invisible blessure. Un autre cercle a presque pour centre le sexe d'Oedipe. "Ton père lui-même avait voulu que tu périsses. - Pourquoi? - Par peur d'un funeste oracle : un fils, né de lui, le tuerait." Sur l'épaule Oedipe a - la pointe obliquement arrêtée à son pied - cette lance qu'après le meurtre il arracha à l'inconnu : son père.
Le jeune homme, le buste arc-bouté, se tient le coude appuyé sur le genou. L'index de la main gauche dénoue l'énigme. Le regard fixe avec sagacité le Sphinx. "Nous vîmes une horrible scène : Oedipe, au vêtement de la Reine expirée prend l'agrafe d'or, la lève, et s'en frappe les yeux." L'affreux châtiment qu'à soi-même Oedipe inflige, déplacé dans l'espace et le temps selon la troublante logique sensitive d'un rêve, est porté par l'Erinye : l'énorme œil est écrabouillé.

27/11/2005

27/11/05 - 19:53

AUJOURD'HUI DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2005 (BRIBES)



AUJOURD’HUI 27 NOVEMBRE 2005 (BRIBES)

Réveillé vers huit heures. N’arrive pas à me rendormir.
Levé un quart d’heure avant neuf. Pâtée d’Ocarina (maintenant on connaît), etc (cf samedi 27).
Lecture du journal, où l’on apprend des choses passionnantes : Monsieur le maire a dit que le Marché de Noël était le plus beau de France ! Il a aussi rencontré le Père Noël. A Pont à Mousson, on vendait les pavés de la Place Stanislas, posés au début des années 50. « Hier matin à l’ouverture, il fallait patienter plus d’une heure avant de pouvoir les acheter. Le nombre en était limité à dix par personne, un choix que faisaient nombre d’acheteurs (ach ! les journalistes-écrivains !) : le pavé sera furieusement tendance sous les sapins de Noël » L’article est intitulé « Des pavés sous le sapin ». Je pense aux « Amants réguliers ». Et puis, à défaut de boules de pétanque …

Cela fait, je mets en route la sauce à la viande des lasagnes. Point de description, ici.
Puis, envie d’une douche (d’habitude, le dimanche, jour de repos, je ne prends pas de douche). L’eau chaude me rafraîchit à point.
Puis, je prépare la sauce Béchamel, je ne suis pas la recette, je la fais comme d’habitude. Fluidité, onctuosité, point de grumeaux, c’est bon.
Il est midi moins le quart, une louche de béchamel, trois plaques de lasagne, deux louches de sauce, que j’étale, puis trois plaques etc, mhhheeeeeeeeeeerde ! j’ai oublié le parmesan pour la première couche. Tant pis, on continue.
Four.

J.-L. arrive vers midi trente comme convenu. Me demande si je prends un Martini rouge ou blanc.
- Blanc, c’est dimanche.
Je prépare une salade verte.
Déjeuner : jovialité, rires, cordialité fraternelle. Il a apporté deux éclairs au café : deux énormes, bien dodus, bien bourrés de crème. Un peu gros (rien du raffinement des pralins de chez König, ici on est à la campagne).
J.-L. fait la vaisselle pendant que je prépare le café.
Donc café, éclairs.
Il repart.

J’allume l’ordi. Mail de Henri, à qui je réponds. Mail à Ben. : j’ai seulement découvert ce matin sur mon portable un message qu’il m’avait envoyé samedi dernier.
Tour sur GA. Un message de Squizz, très gentil. Je réponds. Echange avec Ronans, qui persiste à me faire parvenir à coller 3 photos dans un post. J’essaie. Raté. (J’abrège). En ai marre. J’éteins la machine.

Allez, musique : quatre Sonates de Scarlatti. Le divin toucher de Pierre Hantaï, je ne puis m’empêcher de croire qu’il doit être un fabuleux amant. Je me disais aussi que cette musique est aussi sensuelle que spirituelle, pleine d’esprit. Quelle fougue ! Quels attendrissements ! Au bord des larmes, et sourire. Puis quatre chansons de Bashung. Sa musique est d’une invention inouïe (enfin pour ce que je connais de ce genre, c'est-à-dire rien). Et j’aime aussi ce qu’il fait avec sa voix, - et ses paroles : "à l’avenir/ laisse venir/ laisse le vent du soir décider /
à l’avenir / laisse venir / laisse venir / l’imprudence"
L’année dernière R. avait parlé de cette chanson avec deux autres collègues tandis que nous déjeunions ensemble. Il lui trouvait un contenu philosophique. Il souriait. Il n’aura jamais su que j’ai ensuite acheté le disque et adoré cette chanson. Surtout cette très belle phrase : "laisse le vent du soir décider."

Il est cinq heures environ. Envie de dormir. Canapé, couverture. Je n’arrive pas à dormir. Bon.

ReGA. Tiens, message de RonanS. Plutôt amusant. Je réponds.

Et voilà, il est sept heures vingt. Il faudrait tout de même que je songeasse à me mettre à mon travail : la semaine est chargée.



26/11/2005

26/11/05 - 23:28

ENGOUEMENT

L'écriture de SariMarien, sur le blog de Matoo.

Contexte : une vingtaine de commentaires sympathiques (et plutôt délicats) sur la mort du vieux chat de Matoo.

moa jinékraz le nez o SSSa !
Naimpolésssa

Art de la distance.

26/11/05 - 19:09

PORTRAIT (SUITE, II - ANNO MCMLXXVII)

DESCRIPTION ASSEZ STRICTE ET PENSIVE D'UN TABLEAU
DE CASPAR DAVID FRIEDRICH :
LEVER DE LUNE SUR LA MER.
AVEC UN EXTRAIT DES FRAGMENTS D’UN DISCOURS AMOUREUX
DE ROLAND BARTHES





Le tableau représente au premier plan un rivage encombré de rocaille et de quelques grands blocs grossièrement arrondis sur lesquels sont assis, tournés vers le large, deux jeunes femmes ensemble et, en retrait, le buste penché vers l'avant, un autre personnage.
(Demeurent silencieux. Contemplent.)
La mer, étale, illuminée, brasille, - compose de longues lignes horizontales discontinues de points scintillants. La lune en partie émergée de sombres nues accumulées largement à l'horizon diffuse (embrasant quelque peu le ciel nocturne) son hallucinante clarté.
(La rumeur de la mer, monotone et confuse, infinie, en eux retentit, - inquiète vaguement leur âme endolorie.
"Le plus souvent, je suis dans l'obscurité de mon désir; je ne sais ce qu'il veut."
"Mais parfois, c'est une autre Nuit : seul, en position de méditation (c'est peut-être un rôle que je me donne !), je pense à l'autre calmement, tel qu'il est ; je suspends toute interprétation ; c'est la nuit du non-profit, de la dépense subtile, invisible : estoy a oscuras ; je suis là, assis simplement et paisiblement dans l'intérieur noir de l'amour.")
Contemplent, tournés vers le large à gauche : au second plan non loin du rivage, sur la mer, un bateau (son haut mât comporte la voile inférieure carguée) demeure. Plus loin à gauche, un autre bateau est, voiles déployées, également immobile.


26/11/05 - 13:23

L'INFORMATIQUE ET MOI

Un bon garçon
pourrait-il m'expliquer
dans un langage compréhensible pour une intelligence moyenne mais assez rétive au langage informatique
comment on fait pour
1. intégrer une ou plusieurs image(s) à l'intérieur d'un article de son journal.
2. placer une image en bloc permanent 0 (en tête du journal, si j'ai bien compris) ?

D'avance merci.

24/11/2005

24/11/05 - 22:25

L'INTIMITE


Je n'aime guère la familiarité qui veut signifier que l'on a gardé les cochons ensemble ... Ce n'est pas que je n'aime pas les cochons ... Mais cette chaleur poisseuse, ces éclats de voix, ces rires forcés, cette gesticulation indiscrète, ces second degrés et pires, cette glu des rassemblements où l'on est tous tellement d'accord, cette négation de tout ce qu'il y a de rebelle, de farouche et d'irréductible en nous - non, merci !

Mais j'aime l'intimité, quand les voix ralentissent, se font plus basses, parfois hésitantes, un peu vibrantes, s'arrêtent, semblent arranger une proximité avec des bribes de silence, se font graves et légères, jouent avec la distance, s'engloutissent dans l'étreinte, émergent, réjouies, enjouées, - clairs silences, reconnaissances émues, - oui, j'aime l'intimité ...


22/11/2005

22/11/05 - 21:20

ELOGE


Ronans a une rigueur de pensée magnifique, sans complaisance, précise, entière. Il exerce son intelligence brutalement, ce qui agace et dérange. Air frais, grand vent, froid vif, chaleur, ardeur, douceur, bourrasque.
Air frais. Dans la moiteur et les langueurs du sauna, ça rafraîchit les esprits.
- Ah bon ? Il y a des esprits dans les saunas ?
- Bien sûr. Même que parfois on les entend vagir.

20/11/2005

20/11/05 - 22:04

PORTRAIT (SUITE)

Il y a ceux qui ont leur photo en couleur, et ceux qui sont réduits à une icône grise.
Il vaut mieux mettre sa photo : on est dans une civilisation de l'image, elle fait réagir immédiatement : il me plaît, il me plaît pas. On ne sait trop pourquoi, mais ça se "sent". La photo montre quelque chose du corps de l'autre, elle attire, un peu, beaucoup, - ou pas du tout : elle fait rêver et fantasmer. "Rholala, le corps de l'autre !" (c'est moi qui parle).

Je n'ai pas mis ma photo parce que je n'ai pas d'appareil numérique. Peut-être aussi parce que ça m'arrange un peu : j'ai plutôt un mauvais rapport à mon image. Je ne crois pas être "photogénique", comme on dit, c'est à dire plus ou moins conforme aux standards de beauté de l'époque. Mon impression est subjective, mais j'en suis affecté d'une légère honte, un léger sentiment d'infériorité.
Pourtant certains jours en me regardant en face dans la glace, je me trouve beau ; par exemple après avoir bien discuté avec un ami, ou bien après avoir fait l'amour. C'est subjectif, - et peut-être un peu objectif.
En prenant un peu de recul, je crois que c'est un peu objectif. Peut-on trouver le point de vue juste ?
Malgré tout, si j'avais eu un appareil, j'aurais mis des photos.

Je me suis amusé à dire mes goûts, à jouer au portrait chinois ("Si vous étiez un objet ..."), à répondre au questionnaire de Proust. C'est donner aux autres un aperçu de soi, mais là avec des mots : c'est peut-être plus "parlant". Ce peut être aussi l'occasion d'exercer son esprit, et certains y réussissent, - plus ou moins subtilement.
On discerne vite ceux pour qui les mots ont des "sens" et quelque chose de sensuel, ainsi que leur combinaison en phrases, - et ceux pour qui ils ne font que transmettre des informations. Je me sens tout de suite en "intelligence" avec les premiers, accordé à un certain fonctionnement de la sensibilité ; les seconds peuvent aussi me procurer du plaisir par le contenu du message qu'ils m'envoient.

Enfin, j'ai été heureux de lire l'article de Ronans sur les mouvements de sympathie et d'antipathie qui nous animent (intitulé "Neutre") : l'analyse est remarquable par sa rigueur et sa justesse. Qu'est-ce qu'il m'a fait rire aussi avec les "leçons de "choses" dispensées par Ikéa.

Ç'aura été une bonne journée.

 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13

Il faut se réserver une arrière-boutique, toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude.
Montaigne, Essais, I, 38